![]() [ E-BIZNESS ] Paiement en ligne : comment sortir de la psychose La fraude. Elle est le principal frein à l'achat en ligne. Selon TN Sofres, 47 % des internautes français ont peur de se faire pirater leur numéro de carte bancaire. Les cybermarchands, victimes eux aussi, mettent en cause le GIE Cartes bancaires et les banques. Et voient dans cette CB omniprésente, la raison de tous leurs maux. Alain Steinmann , Le Nouvel Hebdo, le 22/10/2001 à 12h00 " Aujourd'hui, la fraude sur internet ça n'existe pas pour les clients. Mais pour les sites marchands, c'est une réalité ", assène Denis Gachon, directeur général du site de vente de micro-informatique Topachat.com . Largement surmédiatisée, aux dires des professionnels de la vente en ligne, la fraude à la carte bancaire sur le net a jeté un froid sur le paiement en ligne et le commerce électronique en général. Pourtant, tout porteur de carte dont le numéro a été piraté et utilisé frauduleusement peut obtenir remboursement des dépenses incriminées sur une simple lettre à sa banque. Et, dans ce cas, c'est le marchand qui est perdant : s'il a effectivement expédié ses produits, il ne sera pas payé en retour. En moyenne, les dix commerçants en ligne interrogés par Le Nouvel Hebdo estiment que les fraudes à la carte bleue représentent entre 0,2 et 1 % de leur chiffre d'affaires. Toute la problématique du paiement sur le net semble donc se résumer à celle de la fraude à la carte bancaire. En tout cas en France, car " en Allemagne, les internautes utilisent beaucoup moins leur carte et préfèrent le prélèvement automatique pour faire leurs courses en ligne ", explique Christophe Durand, directeur général France de Bibit. Sa société est un intermédiaire entre les sites marchands et les banques. Présente dans de très nombreux pays européens, elle gère près de 60 moyens de paiement différents. Mais un seul - ou presque - est utilisé en France : la carte bancaire.Les e-marchands s'assurent " Il y a un lobby très puissant en France qui pousse à l'utilisation unique de la carte bancaire, notamment par le biais du GIE Cartes bancaires ", poursuit Christophe Durand. Promoteur de la carte à puce, le Groupement des cartes bancaires " CB ", ou GIE Cartes bancaires, n'a pourtant pas manqué d'initiatives pour protéger les transactions. Mais toutes se sont soldées par des demi-échecs, à l'instar de Cyber Comm : ce boîtier de sécurisation du paiement, qui devrait déjà être utilisé par 1 million de personnes, n'a été adopté que par 10 000 internautes. " Nous participons à toutes les expérimentations de sécurisation du GIE Cartes bancaires , indique Christophe Charle, fondateur de Cdiscount.com , un marchand de produits culturels du groupe Casino. Mais au moment où il faut financer une solution de sécurisation, il n'y a plus personne. " Christophe Durand est encore plus sévère : " Ces nouveaux moyens de paiement ne sont pas des réalités économiques : personne ne s'en sert. C'est pourquoi certains ne sont même pas intégrés à notre offre, car ils nous coûteraient plus cher en développement que ce qu'ils nous rapporteraient. " Certains marchands accusent aussi les banques de jouer le jeu du Groupement des cartes bancaires : " Toutes les banques proposent des solutions de paiement en ligne pour les commerçants. Elles se ressemblent comme deux gouttes d'eau et permettent uniquement le règlement par carte bancaire. On tourne en rond ", déplore l'un d'eux, sous couvert de l'anonymat. Pourtant, les solutions alternatives ne manquent pas, de la carte prépayée à la facturation directe par le fournisseur d'accès internet du client. En attendant, les marchands s'organisent. La plupart d'entre eux souscrivent des assurances, souvent auprès de Fia-Net, qui contrôle 80 % du marché. Bernard Elhaïc, fondateur de la société, infirme les propos rassurants du GIE Cartes bancaires : " La fraude ne fait que croître. L'an dernier, nous avons remboursé 180 000 euros [1,2 million de francs, ndlr] aux cybermarchands. Sur les cinq premiers mois de 2001, nous en sommes déjà à 300 000 euros, car il n'y a pas de politique antifraude. Allez dans une cours d'école, vous pourrez acheter un numéro de carte bancaire piraté pour moins de 8 euros . " Marchands comme assureurs sont en train de créer des techniques de scoring pour sauver les meubles. Fia-Net met en place la sienne à partir de cette semaine. La société d'assurance va créer une base centralisée de tous les acheteurs en ligne. Son système croisera en temps réel les coordonnées inscrites sur le bulletin de commande avec une quarantaine de critères au total, dont l'adresse et le numéro de téléphone. " À terme, nous allons aboutir à des "black-lists" de personnes peu recommandables. Celles-ci ne pourront plus commander sur internet, et c'est tout ", poursuit Bernard Elhaïc. Seul accroc à sa solution : la protection des données personnelles. Des discussions avec la Cnil (Commission nationale de l'informatique et des libertés) sont d'ailleurs en cours. Autre technique, celle de Cdisount.com, qui refuse les cartes étrangères, à l'origine de neuf fraudes sur dix environ. La création de listes noires d'acheteurs peu scrupuleux semble être une bonne solution, aux dires des marchands. " Ce sont toujours les mêmes que l'on retrouve, de vrais réseaux organisés. Dans leurs caves, on découvre tout ce qui se vend sur internet ", raconte, amusé, Denis Gachon de Topachat.com. Sa société poursuit les fraudeurs. Tout d'abord, elle incite leurs victimes à porter plainte. Un bon moyen d'écarter ceux qui achèteraient de la marchandise puis nieraient l'avoir fait. Par la suite, elle intervient en collaboration avec la gendarmerie, à qui elle fournit les informations dont elle dispose sur l'utilisateur du numéro piraté. Jusqu'à la récupération de la marchandise.Le marketing de la confiance Pourtant, si les commerçants pestent à l'envi contre les fraudes auprès des banques, ils font tout leur possible pour rassurer leurs clients. " Nous avons choisi les solutions de paiement électronique du Crédit mutuel et de la Banque populaire parce que le paiement n'est pas notre métier, mais aussi d'un point de vue marketing. L'internaute comprend qu'il est dirigé sur le site d'une banque et que son numéro de carte bleue sera en sécurité. On joue aussi sur notre notoriété, on laisse faire le temps ", indique Christophe Charle, PDG de Cdiscount. C'est ce qui ressort de la position de nombreux marchands : plus leur marque sera connue et réputée, moins le paiement posera problème. En attendant, ils ont mis en place des solutions pour les acheteurs les plus méfiants. Cdiscount propose la confirmation par fax de la transaction, et quasiment tous les marchands permettent le paiement par courrier, avec un chèque. On notera d'ailleurs que plus la commande est importante, moins la carte est utilisée. Reste qu'entre 85 et 90 % des paiements en ligne seraient effectués par carte bancaire. Pour les sites de commerce électronique, il ne reste qu'à espérer. Espérer qu'une nouvelle arnaque, à l'instar de celle qui a affecté CD Universe en décembre 1999, ne fasse pas la Une des journaux. " Lorsque [le piratage] a été dévoilé par la presse, nous avons perdu 50 % de notre chiffre d'affaires sur les deux semaines qui ont suivi ", explique le patron de ce site de vente de produits culturels. Un hacker avait alors pénétré sa base de données et plus de 25 000 numéros de cartes bancaires avaient été diffusés sur le net. Sur le nombre, deux seulement appartenaient à des clients français. L'affaire a pourtant suffi à plomber l'e-business pour un bon moment. Le scandale de l'année 2002 pourrait venir des " yescards ", ces fausses cartes bancaires fabriquées à partir d'un numéro trouvé sur internet ou sur une facturette. Elles peuvent être utilisées dans n'importe quel lecteur de carte à puce... sans code secret. Le problème a beau ne pas être pas spécifique au réseau, les marchands le redoutent déjà : " Si on en parle à la télé, les gens vont l'associer à internet, car c'est sur le web qu'on trouve le matériel pour en fabriquer, et on va repartir comme en 1999 ", poursuit notre marchand. Et d'aucuns d'espérer que d'ici là, les institutions compétentes auront véritablement investi dans un processus sécurisé et pas forcément lié à la carte bancaire...1,98 milliard d'euros. C'est le chiffre d'affaires estimé par Benchmark Group pour l'e-commerce en France cette année, contre 690 millions en 2000. 12 % : La proportion d'internautes français qui auront effectué un achat en ligne en 2001, selon Taylor Nelson Sofres. En 2000, ils étaient 7 %. 47 % : Si les internautes se seront abstenus d'acheter en ligne en 2001, dans près d'un cas sur deux, c'est par crainte de communiquer leur numéro de CB, rapporte Taylor Nelson Sofres. 14 000 dollars : De 4 ans plus âgés que la moyenne, gagnant 14 000 dollars de moins et disposant d'un niveau d'éducation inférieur. C'est le profil, selon Forrester Research, des internautes qui pensent que le paiement n'est pas sécurisé en ligne. | |||||||||||||||||||||||||
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