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NOUVEAU PRODUIT

INTERVIEW EXCLUSIVE

Adlane Fellah, directeur de recherche chez Maravedis : ''2010 sera un bon cru pour le WiMAX mobile''

Après un certain retard au décollage, dont la bataille politique avec les partisans du camp 3G est l’une des causes, le WiMAX prend doucement son envol. Adlane Fellah, fondateur de la société d’analyse Maravedis, estime qu’environ 10 millions de puces WiMAX seront livrées cette année.

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En France, le mobile entre petites séries et matière grise

Si, dans l'Hexagone, les grands équipementiers ont tous abandonné les grandes séries, l'industrie de la téléphonie mobile fait encore vivre quelques PME et leur noria de fournisseurs. Les unes ont opté pour les portables sur mesure à destination du luxe ou des marques de sport, les autres ont choisi de développer les filières logicielles.
Gilles Musi, Electronique International Hebdo, le 12/2/2009 à 0h00
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Le marché mondial des téléphones portables enregistrera cette année sa première baisse depuis 2001, avec un volume de 1,08 milliard d’unités vendues contre 1,18 milliard en 2008, estime le cabinet d’études Strategy Analytics. Les industriels confirment. « Nous sommes dans une période difficile. Nous voyons vraiment le ralentissement mondial. La visibilité reste très limitée », constate Olli-Pekka Kallasvuo, p-dg de Nokia, premier fabricant mondial de téléphones mobiles.

La France n’est plus guère concernée par cette érosion du marché mondial. Le dernier fabricant français, Sagem Industries, a abandonné les grandes séries l’an dernier et se concentre désormais sur les marchés de niche. Un secteur également exploré par le français ModeLabs, un créateur de mobiles sur mesure pour le monde du luxe et de la mode. D’autres se sont spécialisés sur les logiciels, c’est le cas de Purple Labs. Enfin, quelques acteurs locaux officient encore dans la maintenance des téléphones portables, tel Cordon Electronics, une PME basée dans les Côtes d’Armor. Pour d’autres, l’aventure est mal partie. Avantech Mobile (ex-Wiz4com Technologies), société installée au Mans et qui appartient au singapourien Nichefinder se trouve en redressement judiciaire depuis le 6 janvier dernier. L’entreprise développait, fabriquait et commercialisait des solutions de communication sans fil pour l’industrie.

En fait, il faut aller chercher du côté des fabricants de composants pour trouver un industriel – où coule un peu de sang français – encore capable de croiser le fer avec les ténors du secteur. Il s’agit de ST-NXP Wireless, société commune constituée l’an dernier entre le franco-italien STMicroelectronics (ST) et le néerlandais NXP. Le groupe se situe au troisième rang mondial derrière deux firmes américaines, Qualcomm, numéro un du secteur et Texas Instruments. L’entreprise, contrôlée à 80 % par ST, dispose d’un vaste catalogue de produits et technologies (processeurs d’images, circuits discrets, filtres, Mems, technologies radio de type Bluetooth, GPS…). Il fournit la plu-part des grands fabricants de portables à commencer par Nokia, Samsung ou Sony-Ericsson. Patrice Meilland, vice-président Business Development chez ST-NXP Wireless, considère tout de même que si « le marché français concerne 10 millions de terminaux sur un volume total de 1,08 milliard d’unités, soit 0,7 % du marché mondial, les décisions qui y sont prises en ce qui concerne les circuits intégrés sans-fil ont une portée beaucoup plus large ».

Phénomène de personnalisation
Denis Lescop, économiste et enseignant-chercheur à Telecom & Management Sud-Paris (Institut Télécom) estime pour sa part qu’en France, « le tandem forfait-mobiles s’est révélé néfaste pour l’industrie. Dans d’autres pays, comme l’Italie, le téléphone est un cadeau de Noël possible. En France, les mobiles vendus nus représentent moins de 5 % du marché. Il y a une mainmise des opérateurs français sur ce secteur », déplore-t-il. Dommage, car quand bien même, sur le marché du mobile en France, un usager achète son téléphone accompagné d’un forfait ou le remplace à l’occasion de son renouvellement, il attache beaucoup d’importance à l’objet. Le succès de l’iPhone d’Apple en fait clairement la démonstration. Et Denis Lescop de poursuivre : « Le consommateur veut un téléphone portable qui soit bien à lui, dans lequel il s’identifie. Le phénomène de personnalisation et l’arrivée sur ce marché de grandes marques vont énormément jouer à l’avenir. On va clairement avoir deux marchés : les marchés de masse pilotés en Asie ou en Europe de l’Est et destinés aux consommateurs lambda et des marchés de niche chargés de répondre à une demande éminemment locale. »

C’est précisément le credo de Stéphane Bohbot, président de ModeLabs. Créée en 2003, l’entreprise développe à la fois une activité de conception, et une activité de distribution pour laquelle elle revendique d’ailleurs la première place en France (hors opérateurs) sur le segment des terminaux et accessoires. En 2007, ces deux pôles représentaient respectivement 14 % et 86 % d’un chiffre d’affaires s’élevant à 202 Me en baisse de 5,4 % par rapport à l’exercice précédent. ModeLabs entend bien profiter de cette nouvelle tendance qui veut qu’un téléphone mobile, objet disposant désormais de technologies matures, se remarque davantage par l’image qu’il véhicule, à la manière d’un accessoire. Il reflète la personnalité de son propriétaire au même titre qu’une montre, une paire de lunettes, un sac à main ou un bijou. Selon une étude du cabinet spécialisé ARCchart, les marques sont de plus en plus attirées par ce nouveau segment de marché, soit sous la forme de produits “ co-brandés ” réalisés en partenariat avec un fabricant, soit en créant elles-mêmes une ligne de terminaux mobiles. L’étude estime qu’à l’horizon 2011, ce marché représenterait 19 % du marché global de la téléphonie mobile, pour un volume de quelque 234 millions d’unités.

Un marché en balbutiements
S’agissant de la conception, ModeLabs s’adresse à deux sphères distinctes. La première, baptisée Fashion, vise le marché grand public. L’entreprise a notamment signé deux accords de licences l’un avec les jeans Levi’s, l’autre avec le fabricant de véhicules tout-terrain Hummer lui permettant ainsi d’acquérir une légitimité à l’international. La seconde s’adresse clairement au monde du luxe : « C’est un marché en balbutiements, mais qui génère une demande extrêmement forte de la part des grandes marques », souligne Stéphane Bohbot. Deux modèles ont été lancés l’an dernier, l’un portant la griffe du couturier Dior, l’autre celle de l’horloger suisse Tag Heuer. Ici, les matières nobles sont de rigueur : cristal saphir, acier brossé, cuir, pierres précieuses… et les prix sont à l’avenant : compter 3 500 euros pour un téléphone Dior en version de base et quelque 18 000 euros pour un terminal incrusté de diamants. Pour l’anecdote, le téléphone Dior ne dispose pas de version 3G et n’offre qu’un modeste appareil photo de 2 millions de pixels.

« La conception porte aussi bien sur la création du produit que sur son design ou son développement. Cela passe par l’étude de son architecture, l’identification des technologies appropriées, le choix des fournisseurs, la sélection des composants, ainsi que la phase d’industrialisation et de tests du produit avec nos partenaires », explique Stéphane Bohbot. L’entreprise travaille avec une centaine de fournisseurs. Environ 450 composants sont assemblés en France dans l’usine Sony France de Ribeauvillé (68). Pour répondre à l’évolution du marché et à la concurrence mondiale, le site industriel, qui assure toujours le SAV des produits Sony, s’est peu à peu ouvert en proposant une activité de sous-traitance aux marchés de l’électronique. Pour Jean-François Maire, directeur général du site, il n’y avait pas le choix : « Les marchés européens ne permettent plus d’être compétitifs sur des produits standardisés. Nous achetons nos composants en Asie ou au Japon, et nous essayons de maintenir les acquis technologiques de notre plate-forme – plasturgie, intégration de circuits, qualifications, tests – en accompagnant des clients externes pour faire du développement de projets ou de production. ModeLabs est l’un d’entre eux et nous les accompagnons dans la branche luxe. Un univers où l’on tient à ce que la fabrication soit faite en France. Pour Tag Heuer, par exemple, nous ne sommes pas partis du concept de l’électronique, mais d’un savoir-faire issu de l’horlogerie. » Du coup, les volumétries n’ont plus rien à voir avec les dizaines de millions d’unités produites chaque année lorsque le site fabriquait pour Sony-Ericsson. Les capacités de production de Ribeauvillé ne dépassent plus guère quelques centaines de téléphones par semaine. Il n’empêche. Jean-François Maire se déclare « assez optimiste » quant à ses perspectives 2009. Le site emploie aujourd’hui 700 personnes, dont 150 pour la production destinée à la sous-traitance, et fait vivre une po-pulation de quelque 200 à 300 fournisseurs.

Cette volonté à relever des défis industriels et les aléas de la conjoncture transparaît dans le parcours d’un autre patron d’usine, Jean-Paul Trabis, p-dg de la société Sagem Industries, basée à Fougères (35). A l’été 2008, le groupe Safran décide de céder 70 % de sa filiale Sagem Mobiles à la société de capital-risque Sofinnova. Le 1er janvier 2009, Sagem Mobiles devient Sagem Wireless et se retrouve à cette occasion allégée d’une bonne partie de son personnel. Quelque 300 personnes rejoignent Safran, 250 développeurs de logiciels sont répartis dans d’autres sociétés du secteur dont Sofinnova est actionnaire : Purple Labs, Esmertec ou Inside Contactless.

Un cluster dédié à la téléphonie mobile
Enfin, Sagem Wireless conserve son équipe de développement de 300 personnes, basées en Chine. Pour les 750 salariés du site de Fougères habitués aux très grandes séries – en 2006, le site produisait 1,5 million d’unités par mois – l’heure est à la diversification. L’usine, qui pour sa part reste une société autonome 100 % Safran, produit aujourd’hui essentiellement des cartes électroniques pour l’aéronautique et participe au programme de Défense “ Fantassin du futur ” mais, précise Jean-Paul Trabis, « nous sommes ouverts à tous les domaines de l’électronique grand public et nous nous posi-tionnons en acteur de la sous-traitance électronique pour de la petite et moyenne série, notamment pour des téléphones mobiles haut de gamme ». De fait, Sagem Wireless ne commercialisera plus de téléphones sous la marque Sagem, mais concevra pour le compte d’acteurs télécoms tiers (des opérateurs comme Orange, par exemple), ou fabriquera en ODM des téléphones qui porteront le logo de ses clients issus du monde du sport, de la mode, ou du luxe. Une piste que Sagem Mobiles avait d’ailleurs déjà commencé à explorer avec la conception et la fabrication de mobiles pour Vodafone, Porsche Design, ou Lacoste.

Passée dans le giron de Sofinnova Partners, c’est une tout autre aventure qui attend Sagem Wireless. L’entreprise qui a conservé à sa tête le management de Sagem Mobiles, a été dotée d’un conseil d’administration musclé, présidé par Pasquale Pistorio, ex-président de STMicroelectronics et de Telecom Italia. Quelle place aura Sagem Industries sur la feuille de route de Sagem Wireless ? « Il y a des choses qui seront faites à Fougères… dans la mesure où c’est utile », répond Jean Schmitt, associé chez Sofinnova et l’un des artisans de la reprise de Sagem Mobiles, « L’objectif fondamental étant surtout de conserver de la R&D en France. L’innovation est essentielle. Or, Sagem possédait auparavant une R&D et une propriété intellectuelle de très grande qualité », ajoute-t-il. L’idée ? Mettre en place sur le site de Cergy-Pontoise – où Sagem Mobiles était installé – un cluster dédié à la téléphonie mobile : « Cergy aurait pu devenir un désert du mobile. Des sociétés comme Purple Labs, Esmertec ou Inside Contacless s’y trouvent déjà ou vont s’y installer. Ces jeunes pousses vont s’épauler, des centaines de personnes pourront se consacrer à la R&D », poursuit Jean Schmitt pour qui la France, en termes d’innovation, « vit encore trop sur ses lauriers gagnés autrefois grâce au Cnet, France Télécom et consorts ». L’idée est donc bien de faire jouer les synergies au sein d’un cluster dédié aux télécoms et à la mobilité embarquée. « Une des forces de Sagem Wireless, c’est sa capacité d’intégration. En construisant des projets en commun avec d’autres industriels, nous aurons la possibilité de financer des développements innovants », déclarait il y a quelques mois, Thierry Buffenoir, directeur général de Sagem Wireless lors d’un entretien à la Lettre de l’entreprise. Sur moins de 3 km2, cohabitent déjà toute une kyrielle d’industriels à l’instar de Sony-Ericsson, Huawei, Sagem Communications, Johnson Controls Automotive Electronics ou Valeo Systems Controls sans compter plusieurs écoles supérieures dédiées aux TIC. Ce que confirme Olivier Bartholot, directeur développement produits de Purple Labs, développeur de logiciels pour téléphones mobiles : « Aujourd’hui, nous travaillons déjà très étroitement avec Sagem Wireless. Ils vont amener dans les mois à venir de nouveaux terminaux sur le marché qui seront équipés de logiciels Purple Labs. D’autres technologies y seront ensuite ajoutées, comme la technologie radio NFC de Inside Contactless. » Purple Labs, dont les effectifs s’élèvent en ce début d’année 2009 entre 200 et 350 personnes, conçoit et développe pour la plupart des grands équipementiers mondiaux : Nokia, Motorola, LG, Sony-Ericsson, mais aussi pour des HTC, Asustek ou Quanta… « Notre marché adressable aujourd’hui représente environ 1,2 milliard de terminaux », résume Olivier Bartholot. A son catalogue : solutions discrètes (navigateurs), clients de messagerie, et solutions de plates-formes complètes (Stack) intégrant toute la partie “ logiciels ” dédiée à la communication.

L’entreprise a pris le contre-pied de la stratégie suivie depuis des années par les fabricants de téléphones et qui se base sur le développement de leurs propres systèmes d’exploitation. Celui de Purple Labs est développé autour de la plate-forme Linux. Objectif : faciliter le travail des opérateurs en étant évolutif. Et les projets ne manquent pas : évolution des interfaces utilisateurs, fonctionnalités engendrées par le marché des nouveaux réseaux en IP, la localisation GPS, ou le réseau social (social networking) : « Tout le monde cherche à “ mobiliser ” les Facebook, Twitter et autres MySpace dont l’audience se chiffre en millions de personnes », souligne Olivier Bartholot. Le directeur développement produits de Purple Labs est lucide quant à la présence de plus en plus importante des marques sur le marché de la téléphonie mobile. Mais pour lui : « Le design de la coque n’est pas suffisant. C’est tout ce qui va se passer sur l’écran qui fera que l’expérience utilisateur est liée à une marque. »


Quand les volumes se chiffraient en millions d’unités par mois en France…
C’était… il n’y a pas si longtemps. Lorsque la France abritait encore une véritable industrie de la téléphonie mobile, des fabricants de sous-systèmes, des lignes de fabrication et d’assemblage. Tous ont jeté l’éponge. Ou presque. Qui en transférant la production en Chine, qui en sous-traitant tout ou partie de sa fabrication à un géant asiatique, ou en la cédant à un ODM, là encore chinois.
  • Commençons par les Français : Alcatel. Le groupe ne possède plus du tout d’activité de fabrication de téléphones mobiles ou de composants pour téléphones mobiles ni en France, ni dans le reste du monde. L’activité a été vendue au chinois TCL en 2004.
  • Chez Sagem, la branche téléphonie mobile a été cédée l’an dernier au fonds d’investissement Sofinnova. Pour autant, à Fougères (35), l’usine Sagem Industries n’est pas avare d’initiatives, y compris dans son secteur d’origine.
  • Chez Sony-Ericsson, les derniers GSM sont sortis de l’usine alsacienne de Ribeauvillé (68) en 2007. Mais, là aussi, le site s’accroche encore aux portables.
  • Derrière, c’est un grand désert. A Etrelles (35), l’usine Mitsubishi a fermé en 2002. Au Mans (72), Philips s’est débarrassé de son pôle en le cédant au groupe China Electronics Corp.. Et à Pont de Buis (29), Matra a disparu dans la tourmente après l’explosion de la bulle Internet.