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INTERVIEW EXCLUSIVE

Jean-Philippe Dauvin, chef économiste du cabinet Décision : ''La reprise économique va être forte en électronique''

Nous pouvons tabler, cette année, sur une croissance de 10 % à 12 % pour l’électronique dans son ensemble, et sur plus de 6 % en moyenne annuelle à l’horizon 2013, estime Jean-Philippe Dauvin.

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EMPLOI

DOSSIERS / Décollage imminent pour le marché français du photovoltaïque

 La France tente de rattraper son retard

Jacques Marouani, , le 26/2/2009 à 0h00
Le fossé qui sépare notre pays des Etats européens les plus avancés en photovoltaïque – à savoir l’Allemagne et l’Espagne – est toujours énorme. Mais d’importants projets laissent enfin entrevoir un réel décollage du marché français au cours des prochaines années.

Toujours à la traîne en 2008, le marché français du photovoltaïque pourrait bientôt décoller, à en croire l’afflux récent de grands projets sur notre territoire et la confirmation d’un soutien des pouvoirs publics dans ce domaine. Malgré un triplement à 105 MW en 2008 (contre 35 MW en 2007), le marché français reste modeste. Il se place en effet encore très loin derrière celui des pays européens les plus avancées en la matière, à savoir l’Allemagne et l’Espagne. L’Allemagne a installé 1,1 GW en 2007, et 1,35 GW en 2008, ce qui porte le cumul des installations à 5,2 GW dans ce pays, soit quasiment l’objectif que s’est fixé la France pour… 2020. L’Espagne, quant à elle, a installé 3,1 GW sur la seule année 2008, ce qui a porté le cumul de ses installations à 3,7 GW en 2008. Avec une base installée qui a atteint seulement 175 MW en 2008 selon le syndicat des énergies renouvelables, la France fait donc toujours figure de nain vis-à-vis de ses voisins les plus performants. Mais compte tenu des mesures incitatives prises par les pouvoirs publics et de l’objectif ambitieux qui a été fixé lors du Grenelle de l’environnement, qui prévoit un parc installé de 5,4 GW en 2020, soit plus de trente fois celui de 2008, le véritable décollage du marché français du photovoltaïque pourrait bien intervenir cette année ou en 2010.

4 000 à 6 000 euros pour 10 m2 de panneau solaire
L’an passé, 80 % des installations concernaient encore les toits des maisons des particuliers, lesquels peuvent espérer rentabi­liser leur investissement à une échéance moyenne de dix ans, voire en quatre à sept ans dans les régions françaises bénéficiant d’un fort ensoleillement. Le coût est de 4 000 à 6 000 euros pour 10 m2 de panneau solaire. Mais le véritable décollage du marché devrait intervenir avec l’implication des industriels pour lesquels les surfaces de panneaux à installer seront nettement supérieures à celles des particuliers. Grâce à l’instauration récente par les pouvoirs publics d’un tarif d’achat de l’électricité photovoltaïque pour les entreprises, les installations de grandes toitures – sur les bâtiments commerciaux et industriels – devraient en effet se développer. Par ailleurs, le gouvernement souhaite que chaque région française dispose d’au moins une centrale photovoltaïque d’ici à 2011. Ainsi, EDF Energies Nouvelles a installé une centrale au sol dans l’Aude en décembre. Et la semaine dernière, plusieurs projets de grande envergure ont été annoncés quasi simultanément. La société Saint Charles Solaire a indiqué qu’elle allait débuter, en mai prochain, la construction à Perpignan de l’une des plus importantes centrales photovoltaïques au monde, représentant un investissement de plus de 56 millions d’euros. Cette installation sera intégrée aux toitures des entrepôts de Saint Charles International, plate-forme européenne de distribution, de transport et de logistique de fruits et légumes. La centrale, dont la mise en service est prévue début 2010, aura une puissance installée de 9 MW, soit environ 10 % de la consommation d’électricité de la ville de Perpignan. Un autre grand projet vient d’être annoncé par la région Poitou-Charentes où pas moins de 400 millions d’euros de prêts viennent d’être obtenus pour financer le plan photovoltaïque voulu par la région. 200 millions d’euros de prêts proviendront de la Banque européenne d’investissement. Par ailleurs, les caisses régionales du Crédit Agricole et le Crédit Agricole Leasing ont été sélectionnés pour mettre en œuvre et cofinancer ce projet, également à hauteur de 200 millions d’euros, tandis que la région apportera sa garantie.

Pour aller de l’avant, le marché français du photovoltaïque a besoin d’une politique encore plus volontariste, estiment les professionnels du photovoltaïque. Dès 2006, la France s’est dotée de tarifs d’achat de l’électricité photovoltaïque intéressants, mais en favorisant essentiellement les produits intégrés aux bâtiments et en laissant de côté les installations plus simples, par exemple celles posées sur les bâtiments ou directement au sol. Ces distinctions dans les différents types d’installations ralentissent le développement de la filière, estiment les professionnels. De plus, les temps et contraintes de connexion au réseau constituent également un frein considérable. « Il faut obtenir un coup de pouce tarifaire pour élargir le développement du solaire au sol et pour encourager la création en France d’une filière industrielle. Il faudrait relever le tarif de rachat de 5 % à 10 % et y ajouter une augmentation modulée selon le degré d’ensoleillement des régions françaises », a récemment déclaré David Corchia, directeur général d’EDF Energies Nouvelles, dans un entretien publié par le quotidien La Tribune.

Réduire les délais de raccordement au réseau
Lors d’un colloque sur l’avenir de la filière photovoltaïque en France, qui s’est tenu à Aix-les-Bains, en juin dernier (voir EI n° 673), les professionnels ont préconisé le maintien du tarif de 0,57 €/kWh pour les systèmes intégrés aux bâtiments et l’introduction d’un tarif d’achat à 0,45 €/kWh pour les systèmes non intégrés qui permettent une capacité installée plus importante à surface équivalente. Ils demandent également le réajustement du tarif de base pour les systèmes posés au sol à hauteur de 0,38 €/kWh pour permettre le développement maîtrisé de projets de centrales solaires photovoltaïques. Les professionnels souhaitent par ailleurs la simplification des procédures administratives par la création d’un guichet unique de traitement de toutes les démarches – ce qui permettrait de réduire les délais de raccordement au réseau – ainsi que le renforcement des mesures actuelles favorables au photovoltaïque dans les codes de la construction et de l’urbanisme.

Un autre facteur de développement consiste à lever des verrous technologiques. Un projet de R&D ambitieux, Solar Nano Crystal, fédérateur de nombreux autres projets de R&D lancés au cours de ces dernières années, a été sélectionné par le programme d’innovation stratégique industrielle d’Oséo (ISI). Il devrait recevoir l’agrément de la Commission européenne au cours de ces prochaines semaines. Participent à ce projet, Emix, Photosil, Silpro, PV Alliance, Apollon Solar ainsi que l’Ines qui fédère des équipes de chercheurs du CEA, du CNRS, de l’université de Savoie et du CSTB (centre scientifique et technique du bâtiment). L’objectif de ce projet, d’une durée de cinq ans, est d’aider les entreprises de la filière photovoltaïque à accroître leur compétitivité, le principal défi étant de parvenir à abaisser les coûts. Le budget total du projet Solar Nano Crystal est de 190 millions d’euros dont 46,5 millions d’aides publiques. « Cette année, d’autres projets de R&D de moindre taille labellisés ISI devraient voir le jour. Ils seront portés par des start-up ou des industriels opérant une reconversion de site industriel. Le coût des projets devrait être de 3 à 10 millions d’euros chacun et les thèmes devraient porter par exemple sur le rendement des cellules, les couches minces, l’encapsulation ou encore les membranes d’étanchéité. Nous sommes actuellement très sollicités, car les incitations offertes par les pouvoirs publics attirent un nombre croissant d’investisseurs », explique Thierry Bur, l’un des responsables des projets du pôle environnement au sein du programme ISI. Néanmoins, le dispositif des mesures incitatives des pouvoirs publics devrait s’arrêter en 2010 et les professionnels s’inquiètent de la possibilité qu’il soit revu à la baisse, comme cela vient d’être le cas en Espagne.


Mise en place d’une filière de recyclage des panneaux solaires usagés
  • Alors que les premiers volumes de panneaux photovoltaïques n’arriveront en fin de vie que dans une dizaine d’années, plus de trente producteurs internationaux de panneaux photovoltaïques représentant plus de 70 % du marché européen se sont entendus sur un accord volontaire de collecte et de recyclage des panneaux photovoltaïques usagés sur l’ensemble du territoire de l’Union européenne.
  • Regroupés au sein de l’association “ PV Cycle ”, les promoteurs de cet accord prévoient des objectifs de taux de collecte et de recyclage supérieurs aux actuelles obligations de la réglementation européenne en matière de déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE), soit 65 % au minimum de collecte des panneaux photovoltaïques usagés et 85 % au minimum de recyclage des matériaux des panneaux photovoltaïques usagés collectés.
  • Le dispositif mis en place sera gratuit pour les détenteurs de panneaux photovoltaïques usagés. Il permettra une économie substantielle de ressources naturelles par l’utilisation dans les nouveaux panneaux photovoltaïques des matériaux recyclés, faisant de l’industrie du photovoltaïque un secteur “ doublement vert ”. « Nous sommes convaincus que l’énergie solaire ne sera véritablement durable que lorsque le cycle de vie des panneaux photovoltaïques aura été bouclé, permettant la réutilisation industrielle après recyclage des matières premières nécessaires à leur fabrication », souligne Jan Clyncke, directeur de PV Cycle.