Jean-Ludovic Silicani, président de l’Arcep : « Le secteur des télécoms peut compter sur une demande très forte »

Le 14/11/2013 à 17:39 par Jacques zzSUEAYGhcIE

Pour Jean-Ludovic Silicani, président de l’Arcep, le secteur des télécoms peut compter sur une demande très forte et qui ne peut que croître encore, tant les usages tendent à se multiplier.

Le secteur des télécoms est sans conteste à la fin d’un cycle, celui de la généralisation de l’accès au haut débit, que ce soit par l’ADSL, le câble ou les réseaux mobiles 3G. Cette fin de cycle est marquée par le déclin des revenus tirés des services traditionnels, notamment de la voix, au profit des services de données, et par la convergence des infrastructures, mais aussi, de plus en plus souvent, des offres, fixes et mobiles. Cette fin de cycle, qui intervient dans un contexte économique général dégradé, se traduit par une baisse des revenus des opérateurs dans l’ensemble de l’Europe, depuis 2010-2011, et par une érosion de leurs marges. Certains en ont conclu, un peu vite, qu’il s’agissait d’un secteur sans véritable avenir, mature voire déclinant.
Or le cycle suivant, celui du très haut débit, est désormais véritablement engagé, ce qui se traduit par un effort d’investissement sans précédent des opérateurs, à la fois dans le fixe et le mobile, dépassant 7,3 milliards d’euros en 2012 (et 10 milliards en incluant les achats de fréquences). Les chiffres du premier semestre 2013 montrent que cette tendance se poursuit cette année. Le secteur peut compter – et on ne le répètera jamais assez, tant cet élément distingue les télécommunications de nombreux autres secteurs – sur une demande très forte et qui ne peut que croître encore, tant les usages tendent à se multiplier. Que l’on pense simplement que la consommation de données sur les réseaux mobiles en France a été multiplié par 31 en 4 ans et que le nombre total d’abonnés à des offres fixes et mobiles continue de croître sensiblement, de près 5% par an pour le haut débit fixe, de plus de 6% pour les abonnements mobiles. Quel autre secteur connaît une telle croissance en volume ?

Si les besoins d’investissements cumulés sont importants et doivent se traduire par des revenus supplémentaires, ils ne sont pas pour autant insurmontables. Sur le fixe, la couverture du territoire en FTTH a été estimée à un peu plus de 20 milliards d’euros (hors raccordement final), dont plus de 2 ont déjà été réalisés. Ce montant apparemment élevé doit être relativisé si on le compare aux quelque 10 milliards d’euros qui sont consacrés chaque année aux investissements routiers.

Le secteur va être appelé à jouer un rôle essentiel dans la “transformation numérique” de notre société. Encore faut-il que les opérateurs soient en mesure de s’adapter aux besoins émergents, d’innover pour se différencier et de convertir cette demande en revenus supplémentaires.

Les opérateurs peuvent faire le choix, pour accompagner l’évolution des besoins, de se diversifier et d’innover dans les services. Des expériences de ce type ont été menées en France au cours des 10 dernières années avec des succès mitigés, sans pour autant que cela ne condamne le principe, d’autant que pour certains télé-services collectifs, comme la télésanté ou la télé-éducation, les technologies ont atteint le degré nécessaire de maturité.

L’intensification de la concurrence sur le marché mobile est accusée d’avoir fait perdre beaucoup de valeur aux services traditionnels, principalement la voix, en généralisant les offres illimitées. En réalité, elle a essentiellement contribué, comme on pouvait s’y attendre, à accélérer une évolution inéluctable et la fin d’un cycle, et le basculement vers une nouvelle génération d’infrastructure construite autour de l’IP, faite pour les services de données et l’accès à internet.

A court terme, on voit bien que les différentes évolutions technologiques, sur le fixe et le mobile, devraient permettre aux opérateurs de se différencier par la qualité.

A plus long terme – et c’est l’une des grandes forces du secteur – des pistes d’évolution plus significative s’esquissent, autour notamment de l’internet des objets dont le marché en forte croissance du MtoM constitue une première traduction embryonnaire. Une récente étude estimait à 1900 milliards de dollars la valeur générée par 30 milliards d’objets connectés en 2020 contre 2,5 en 2009.

Jean-Ludovic Silicani

Cette tribune est extraite d’une intervention de Jean-Ludovic Silicani, président de l’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes), en introduction du colloque annuel organisé par le régulateur, le 17 octobre dernier, sur le thème « Quelles perspectives de création et de répartition de la valeur pour les télécoms ? » L’intégralité de ce colloque est disponible en vidéo sur le site de l’Arcep à l’adresse suivante :
http://video.arcep.fr/webcast_colloque_arcep_171013.html
 

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